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Leadership lucide : quand diriger, c’est voir ce qu’on ne veut pas voir

Et si le vrai danger du manager moderne n’était pas le manque de compétences… mais le manque de lucidité ?
Dans un monde où tout s’accélère, où les injonctions sont multiples et où les équipes attendent de la clarté, beaucoup de managers continuent d’agir en pilote automatique. Ils confondent performance et maîtrise, expertise et clairvoyance. Résultat : ils dirigent avec leurs certitudes, là où la situation exige au contraire de la présence, de la conscience, de la lucidité.

La lucidité managériale, c’est cette capacité rare de voir ce qu’on ne veut pas voir : ses propres biais, ses émotions, ses incohérences — et surtout leurs impacts sur l’équipe.
C’est une forme de courage. Peut-être même la plus stratégique aujourd’hui.

 

Les trois angles morts fréquents du leadership : ce qu’on ne voit pas… mais que l’équipe ressent

  1. Les biais cognitifs : voir le monde non pas tel qu’il est, mais tel qu’on est.

Le biais de confirmation (“je vois surtout ce qui confirme ce que je pense déjà”), le biais d’autorité (“j’ai raison, puisque je suis le manager”), ou encore le biais de disponibilité (“je surévalue ce que je vois souvent”) : tous influencent nos décisions sans que nous en ayons conscience.
Le problème n’est pas d’en avoir — tout le monde en a. Le problème est d’ignorer qu’ils sont aux commandes.

  1. Les émotions non identifiées : ce qui nous gouverne quand on croit être rationnel
  • Un manager stressé devient brusque sans s’en rendre compte.
  • Un manager anxieux contrôle trop.
  • Un manager frustré coupe la parole.

L’émotion non nommée devient un « pilote invisible ». Les équipes le ressentent immédiatement, même si rien n’est dit.

  1. L’incohérence entre discours et comportements : la dissonance qui détruit la crédibilité
  • Dire “l’erreur est permise” mais sanctionner la moindre prise d’initiative.
  • Dire “vous pouvez me solliciter” mais ne jamais être disponible.
  • Dire “la confiance est essentielle” mais tout vérifier.

L’équipe n’écoute pas les mots : elle observe les actes.
Et ce décalage mine la confiance plus que n’importe quel dysfonctionnement technique.

 

Comment ces angles morts détruisent la confiance et l’engagement ?

D’abord par ambiguïté : l’équipe ne sait plus quoi attendre du leader.

Puis par insécurité psychologique : si les réactions du manager sont imprévisibles, on parle moins, on ose moins, on innove moins.
Enfin par fatigue émotionnelle : les collaborateurs dépensent leur énergie à “deviner l’humeur du chef” plutôt qu’à avancer.

Peu à peu, on observe :

  • des suggestions moins nombreuses,
  • des réunions plus silencieuses,
  • des décisions moins assumées,
  • des talents qui se retirent… puis se désengagent.

Et paradoxalement, le manager conclut : “Ils manquent d’initiative.”
Alors que la racine du problème n’est pas un manque d’envie, mais un excès d’opacité dans le pilotage managérial.

 

Être lucide, ce n’est pas douter de soi — c’est se connaître vraiment

Un leader lucide ne cherche pas la perfection. Il cherche la vérité sur son propre fonctionnement. Cela peut être inconfortable.
Mais cela ouvre des espaces extraordinaires de croissance — personnelle et collective.

Dans une entreprise que j’ai accompagnée récemment, un manager croyait “aider” en étant disponible pour tout et tout le monde. En réalité, il créait une dépendance invisible : ses équipes venaient systématiquement valider chaque décision. Le jour où il a accepté de reconnaître son besoin (inconscient) d’être indispensable, il a pu poser un cadre clair, apprendre à dire non — et l’équipe a gagné en autonomie en quelques semaines.

C’est cela, la lucidité : voir enfin ce qui agissait dans l’ombre.

 

Trois réflexes pour cultiver une lucidité quotidienne

  1. Se poser la bonne question : “Qu’est-ce que je ne vois pas ?”

Cette question simple agit comme un déverrouillage mental. Elle oblige à sortir de l’évidence, du réflexe, du “j’ai déjà compris”. Elle ouvre la porte à d’autres perspectives, d’autres lectures de la situation.

  1. Chercher des feedbacks vrais — surtout les inconfortables

Demander “qu’est-ce que je pourrais améliorer ?” n’a de valeur que si l’environnement est suffisamment sécurisé pour que la réponse soit honnête.
Les feedbacks authentiques sont souvent dérangeants… mais ce sont eux qui accélèrent la maturité managériale.

  1. Créer des espaces de recul avant chaque décision majeure

Un leader lucide ne décide pas dans la précipitation. Cinq minutes de recul peuvent empêcher cinq semaines de dégâts.
Respirer, relire la situation, identifier l’émotion présente : c’est une micro-discipline qui change tout.

Et maintenant ?

Le leadership lucide n’est pas un supplément d’âme, c’est une compétence stratégique. Et si la prochaine étape de votre performance était votre propre lucidité ? Contactez-moi pour explorer comment développer cette clarté managériale à travers un parcours de coaching ou de formation sur mesure.

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